Nous avons précisé dans la deuxième partie que l’objet de la sémiotique est de montrer comment le sens se construit. Ce comment est ce qui distingue l’originalité et la qualité d’un récit d’un autre et qui nous a poussés effectivement à choisir de travailler sur un des chefs d’œuvre du cinéma américaine, un film qui a pris la tête des meilleurs films chez les spécialistes.

Le film raconte l’histoire d’un banquier américain ‘Andy Dufresne’ qui est jugé coupable du meurtre de sa femme et de l’amant avec qui elle le trompait. Alors, il est condamné à la réclusion à perpétuité.


 L’histoire se passe au pénitencier fédéral de Shawshank d’où le nom anglais du film « The Shawshank Redemption ». Il s’agit, alors, d’une évasion réussie à la fin du récit.

La distinction du film vient du fait qu’il est doublement structuré : il y a deux structures, une de surface (apparente) et l’autre profonde (cachée) et c’est, au fait, l’un des principes de la sémiotique greimassienne (le parcours génératif du sens).

Chapitre premier : la composante narrative

Nous pouvons décomposer notre récit en quatre étapes principales : avant la condamnation et après la condamnation d’une part, et avant l’évasion et après l’évasion d’autre part. A ces quatre étapes se rattachent deux grandes transformations qui nous permettent à penser à un schéma actantiel et à deux schémas narratifs.

1-      Schéma actantiel :

Le protagoniste ‘Andy’ est clairement le sujet de l’histoire. C’est lui qui agit et qui produit du récit alors c’est lui qui transforme. L’objet est bien évident ‘la liberté’ puisque c’est ce qu’il cherche. Le destinateur sera l’espoir et le destinataire c’est-à-dire celui qui reçoit l’objet est donc Andy lui-même. Les adjuvants seront son ami ‘Red’ et le ‘Marteau’. Les opposants sont le directeur de la prison ‘Northon’ et les autres geôliers. On résume finalement ces actants sous forme du schéma suivant :

2-      Schéma narratif :

Comme nous l’avons déjà précisé, le récit est décomposé en quatre parties qui donnent deux transformations et par conséquent deux schémas narratifs. Nous commencerons par la première phase qui est la manipulation. 

       2-1. La manipulation :

L’existence d’une transformation intervient en effet une manipulation préalable de la part du sujet opérateur. C’est ce qui le motive à faire la performance. Pour la premier PN celui de la condamnation, elle met en place un destinateur manipulateur ‘Le procureur’ et un destinataire manipulé ‘le juge’. Le procureur fait en sorte que le juge croire qu’Andy est coupable et qui répond par croire (et condamner Andy).

Pour ce qui concerne le deuxième PN, le sujet opérateur ‘Andy’ qui accomplit l’évasion était le destinataire manipulé qui répond par un faire à un destinateur manipulateur ‘L’espoir’.

On peut même ajouter une autre manipulation mais il s’agit d’une manipulation qui n’aboutit pas. C’est celle où se voit comme destinateur manipulateur ‘Red’ qui cherche à faire croire au destinataire manipulé ‘Andy’ de ne pas espérer. Le non-aboutissement concerne notamment le refus de croire par Andy à ce dont Red cherche à le persuader. Cette manipulation ou le faire croire se présente avec La réplique de Red: « L’espoir est dangereux ».

2-2. La compétence :

Dans la première performance (transformation), c’est le juge qui est le sujet opérateur et puisqu’il a transformé, c’est qu’il a la modalité du pouvoir-faire à savoir le pouvoir acquis de son statut juridique. Cette compétence peut apparaître sous forme d’un PN :

Quant à la deuxième performance, et qui est certainement la performance la plus importante dans l’intégralité de l’histoire, sa compétence se considère comme une phase primordiale car elle occupe presque trois quarts de l’histoire. C’est une phase cachée, elle était toujours en arrière-plan. Andy n’arrive à réaliser son évasion qu’à grâce à des modalités : la modalité la plus claire est le savoir-faire. C’est comment, grâce à ses connaissances géologiques et avec un outil apparemment banal  et sans intérêt arrive à réaliser la performance. Ce ‘Marteau’ qualifié par Red comme « gaspillage d’argent », puis il dit en le dévalorisant : « Il faut 600 ans pour creuser un tunnel avec ce marteau », devient avec un autre adjuvant non explicitement cité qui est le temps le moyen principale de l’évasion. Cette compétence se présente ainsi :

F ] S2 (S1 V O) (S1 Ʌ O)[
       Red    Andy   Marteau     Andy   Marteau

Une deuxième modalité peut être citée ici celle du vouloir-faire. Ce vouloir apparaît explicitement avec le verbe vouloir repris tout au long du dialogue entre Andy et Red  ــAndy : « je voudrais continuer » ; ــRed : « Alors, tu veux t’évader ? ».

   2-3.  Performance :

D’une part, le film commence par une première transformation : la condamnation du coupable par le juge et donc l’entrée à la prison. D’autre part, nous remarquons que Andy, qui est le sujet opérateur arrive à réaliser une performance (l’évasion). Donc, c’est un homme d’action, pragmatique. C’est lui qui agit au début.
La performance signifie le passage d’un état à un autre. Ainsi, au début, on constate qu’il s’agit d’un énoncé narratif : Andy est en disjonction d’avec la prison (ou en conjonction avec la liberté) puisqu’il est encore ailleurs la prison. On écrit alors :

(S  Ʌ O) ou (S V O)
Andy     liberté         Andy   prison
Après la condamnation, cet énonce changera et on peut le décrire de la sorte :
(S V O) ou (S Ʌ O)
 Andy     liberté         Andy   prison

Puisqu’il y a une transformation, on peut parler d’un PN qui sera schématisé ainsi :         F ] S2 (S1 V O) (S1 Ʌ O)[
                                   Le juge    Andy   liberté      Andy     liberté
Ou:         F ] S2 (S1 Ʌ O) (S1 VO)[
                               Le juge    Andy    prison      Andy      prison

La deuxième transformation dont nous avons parlé est l’évasion. Le sujet opérateur Andy a réussi à faire passer d’un état de disjonction d’avec la liberté à un état de conjonction avec elle (ou l’inverse si on adopte la prison comme objet). C’est un faire-être, Le sujet crée un état. Le PN de la performance est le suivant :
F ] S2 (S1 V O) (S1 Ʌ O)[
 Andy      Andy    liberté     Andy       liberté

      2-4. La sanction:

Le sujet opérateur a réalisé une transformation des états, il est nécessaire alors d’évaluer cette transformation. Cette évaluation se fait à partir de la conformité ou non de la performance réalisé avec le système de valeurs  du destinateur.

La première  sanction concerne la première performance celle de la condamnation et se rapporte, alors  au destinateur judicateur ‘narrateur’ qui a jugé la Justice manifesté par le ‘juge’. Il le considère enfin comme un traitre qui a mal traité ‘Andy’. Par conséquent, c’est une sanction cognitive.

Concernant la deuxième performance, Red qui est le narrateur de notre récit peut être considérer comme le destinateur judicateur. C’est lui qui nous a informés qu’Andy a réussi de s’évader. Donc Andy est le destinataire jugé. C’est une sanction cognitive car le narrateur a reconnu Andy positif, comme héros et non pas comme un traitre. Elle est aussi pragmatique parce que ce dernier a réussi à avoir une grande fortune.
  1. La Narrativité dans le film : « THE SHAWSHANK REDEMPTION »
  2. LA SEMIOTIQUE GREIMASSIENNE, PRESENTATION THEORIQUE
  3. Schéma actantiel et schéma narratif
  4. Chapitre deuxième : la composante discursive et Le carré sémiotique
  5. Section II : La composante Discursive
  6. L’ANALYSE SEMIOTIQUE : APPLICATION SUR LE FILM « THE SHAWSHANK REDEMPTION » (LES EVADES)
  7. Chapitre deuxième: Structure profonde
  8. Conclusion

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